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Laïcité, j’écris ton nom…

Le discours de notre Président de la République au Palais du Latran, à Rome, le 20 décembre 2007 a soulevé une vive polémique à laquelle des chroniqueurs, des journalistes, des philosophes ou institutions philosophiques et même des hommes politiques ont cru devoir apporter leur pierre.
En tant que Radical, ce parti qui a posé les fondations de la laïcité dans notre pays, je ne peux être insensible à cette controverse : le discours de Latran porte-t-il atteinte à la conception républicaine de la laïcité qui régit les relations de la France avec les religions et les religieux qui vivent en son sein ? Ou bien la « laïcité positive » n’est-elle qu’une évolution salutaire, plus tolérante et plus en phase avec notre époque, indispensable à la bonne intégration dans notre société de l’Islam notamment ?
Beaucoup – certains par convictions philosophiques et d’autres par opportunisme politique – ont condamné cette place faite à la religion catholique dans le discours de Nicolas Sarkozy. Présentant celle-ci comme une américanisation de la politique française, comme la fin de la République telle que nous la connaissons depuis 1905 ou comme la porte ouverte au communautarisme, sinon même au sectarisme !
Profondément attaché aux valeurs laïques, et soucieux que chacun dans notre société puisse croire en un dieu ou ne pas y croire, il me semble important que le champ religieux reste ancré dans la sphère privée.
Pour autant il faut savoir raison garder et ne pas davantage tomber dans l’excès et l’intolérance : là où le « droit de l’hommisme » intégriste nie la liberté et l’indépendance des peuples, le laïcisme de combat nie la liberté de conscience, de croyance et d’expression. Il oublie qu’il n’y aurait pas de laïcité sans religion.
Toutefois, l’expression du Président de la République doit être nuancée et je ne saurais pleinement y adhérer. La laïcité n’est pas un principe passif. Elle ne signifie pas une bienveillante neutralité à l’égard de toutes les religions. Elle est une règle active qui tient à l’écart de la « chose publique » (res publica) toutes les religions. Elle leur interdit l’accès à la sphère publique et ne leur reconnaît aucun droit à s’immiscer dans le fonctionnement des services publics. C’est l’application de cette règle juridique à valeur constitutionnelle qui interdit à tout agent public dans l’exercice de ses fonctions d’afficher ses convictions religieuses ou aux élèves de l’enseignement public de faire du prosélytisme ou de porter des signes ostentatoires.
Pour autant, la laïcité n’exclut ni le principe d’égalité républicaine entre toutes les religions, ce qui explique les interrogations légitimes de certains élus sur la réforme de la loi de 1905. Sa révision de saurait en toute hypothèse remettre en cause le principe constitutionnel de laïcité puisque – comme l’a indiqué à plusieurs reprises le Conseil constitutionnel – un texte législatif peut modifier une loi antérieure, elle ne saurait porter atteindre aux principes constitutionnels qui la sous-tendent ou qu’elle exprime.
De même, la laïcité n’exclut nullement la liberté de croyance, de conscience et d’expression. Dès lors, le Président de la République est libre d’exprimer ses convictions politiques et philosophiques. Ce faisant, son verbe n’engage en rien la France dont il est chef de l’Etat. Il ne dit pas la Loi et son propos n’est nullement – rappelons-le dans un pays qui a une tendance prononcée à la monarchie républicaine – l’expression de la volonté populaire et de la souveraineté nationale ! Un président n’est pas un Roi et la nouvelle gouvernance menée par Nicolas Sarkozy est – enfin – conforme à l’esprit républicain. Le président de la République est le chef de l’Etat, il n’est ni un symbole, ni le gardien des institutions. Cette « rupture » dans l’exercice présidentiel marque à l’évidence un tournant vis-à-vis de la vision gaullienne de la fonction. On ne saurait s’en plaindre du point de vue démocratique.
Laissons ensuite le soin au pouvoir législatif de déterminer si l’application du principe de laïcité mérite quant à elle d’être rénovée. Et si c’est le principe même qui devait être atteint dans le passage à une « laïcité positive », alors le pouvoir Constituant semble seul en mesure de trancher de l’opportunité d’une telle remise en cause. Gageons que le juge constitutionnel saura y veiller.
En vertu de ces principes, rien de m’interdit, en qualité de citoyen et d’élu de notre belle République, de considérer à mon tour que le curé ne remplacera jamais l’instituteur dans la transmission des valeurs républicaines auxquelles je suis si profondément attaché et que la morale laïque ne s’épuise pas à l’écart de la morale religieuse mais que toutes deux constituent des voies respectables vers la sagesse et la vérité. Affirmant cela et marquant ainsi une nuance vis-à-vis de notre Président de la République, je ne crois pas bafouer l’institution ni m’opposer à l’action politique qu’il incarne. C’est cela aussi la liberté et la tolérance républicaines !
Grégory Berkovicz Président du Parti Radical du Calvados Membre du Bureau national du Parti Radical
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